Partenariats France-Mali : nouvelle donne ! (S. Niakhaté et J.-L. Sagot-Duvauroux)

Tempête. Un homme à la mer. Il va se noyer. Une embarcation se détourne de sa route, brave l’ouragan, jette une bouée au naufragé et lui sauve la vie. L’action militaire menée au Mali par la France répondait à une urgence vitale. Des hommes risquent leur vie. Certains déjà l’ont perdue. Attachés par nos existences à la France et au Mali, nous saluons et soutenons sans détour cet engagement. Mais la situation ainsi créée est ambivalente.

Elle témoigne des profonds déséquilibres hérités du colonialisme : un monde où la puissance et la richesse sont polarisée au Nord, des sociétés africaines qui peinent à reconstruire la confiance en elles-mêmes.

Une fois le Mali rendu à son intégrité, à son indépendance, à sa démocratie, le poids pris par la France dans la libération du Nord peut être utilisé pour renforcer une tutelle néfaste qui est une des causes de la pauvreté de l’Afrique et qui alimente la démission éthique, parfois la trahison d’une part de ses élites.

Le peuple malien éprouve aujourd’hui une reconnaissance vive et sincère vis-à-vis de la France. Pour les centaines de milliers de personnes, souvent jeunes, qui disposent de la double nationalité, la situation ainsi créée desserre les nœuds identitaires compliqués dans lesquels ils se débattent. Les immigrés Maliens, qui ont tant contribué par leur travail à la prospérité de la France, mettent beaucoup d’espoir dans cette alliance entre leur pays de naissance et leur pays d’accueil.

Cette évolution des sentiments survient alors qu’une forte majorité d’habitants du Mali n’ont pas connu la domination coloniale. Beaucoup s’habituent à converser sans complexe avec le monde grâce aux réseaux de communication. Une nouvelle donne apparaît. Elle ne porte pas par elle-même l’affaiblissement des rapports de domination. Mais elle en modifie positivement les conditions.

La phase militaire en cours sera, nous l’espérons, la plus brève possible.  Prenons appui sur le fort lien de solidarité tissé dans ces heures tragiques pour solder l’héritage colonial et revisiter en profondeur les liens politiques, économiques, culturels, sécuritaires entre la France et l’Afrique. Mobilisons-nous nombreux autour de cet objectif de civilisation. Au Mali, inventons et construisons des autorités publiques fiables capables de représenter vraiment l’intérêt général. En France, mettons fin aux manigances de la Françafrique, à l’arrogance culturelle, au pouvoir démesuré des puissances économiques qui exploitent les richesses de l’Afrique. Délaissons les réflexes qui, au Mali comme en France, entravent la pleine reconnaissance de celles et ceux qui ont la double nationalité. Nos sociétés établissent déjà des liens nouveaux, notamment dans le champ culturel où nous travaillons l’une et l’autre. La tragédie en cours nous invite à donner un coup d’accélérateur à toutes les initiatives, à toutes les réflexions où s’invente la mondialisation fraternelle et apaisée des peuples, de nos peuples. Ce chantier peut s’ouvrir sans attendre, localement, nationalement, partout où des énergies sont prêtes à l’engager.

Sokona Niakhaté, créatrice de mode, conseillère municipale à Fontenay-sous-Bois, vice-présidente de la Coordination des élus français d’origine malienne (Cefom).

Jean-Louis Sagot-Duvauroux, écrivain, co-fondateur de la compagnie théâtrale bamakoise BlonBa.

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