Grand Paris : agir pour toute la population et tous les territoires (2)

Déclaration de Jean BRAFMAN Ancien conseiller régional IdF et ancien président de la commission politique de la ville, ancien administrateur du STIF et ancien président de la commission démocratie Membre de l’exécutif de la FASE –Fédération pour une alternative sociale et écologique.

 

25 janvier 2011

GRAND PARIS : AGIR POUR TOUTE LA POPULATION ET TOUS LES TERRITOIRES

 

Le projet du « Grand Paris » prend forme en  combinant deux orientations contradictoires. C’est le sens du « compromis » qui sera présenté au conseil des ministres du 26 janvier 2011, et qui constitue certes une avancée quant aux propositions de transports collectifs, résultat des interventions pour en faire modifier la conception et les tracés initiaux, mais qui continue à s’accompagner de contradictions.

La responsabilité des forces de gauche de transformation sociale et écologique est bien de les décrypter, de se faire le relai des associations, citoyennes et citoyens de l’ensemble de l’Île-de-France et de tous ses territoires. Il faut enrichir les termes du débat. entre la conception concurrentielle à l’échelle internationale portée par Nicolas Sarkozy au bénéfice des puissances financières et le nécessaire aménagement des espaces urbains et respect des zones rurales en faveur des populations qui y vivent du point de vue de l’habitat, de l’emploi, des activités éducatives, culturelles, sportives, de loisirs et commerciales.

Le projet final doit respecter toutes ces dimensions populaires, en luttant contre les inégalités et en s’appuyant en particulier sur les droits au logement, à la mobilité, au travail et à un environnement  de qualité pour toutes et tous. Son tracé en sera le reflet, le nombre de gares et stations également –il en reste 15 à 20 nouvelles à confirmer selon les demandes validées- mais d’autres options fondamentales doivent être exigées. L’étalement urbain, destructeur d’espaces et d’énergie doit être refusé, avec, en particulier l’abandon de la rocade ouest vers Saclay. Des réalisations complémentaires sont indispensables, comme le tunnel Chatelet/Gare du Nord pour les RER B et D, le dédoublement de la ligne 13 selon des modalités innovantes, le barreau ferré de Gonesse, la tangentielle Est en Seine et Marne…

Rien ne peut se faire sans la parole et l’opinion des habitant/e/s-citoyen/ne/s et des salarié/e/s de la région, des usagers sans oublier les millions de touristes, de salarié/e/s des régions voisines et des acteurs non résidents des activités nationales économiques, culturelles, éducatives, sportives, ... : Les débats institutionnalisés actuels sur les projets Arc Express et sur « Grand Huit », auxquels n’ont participé qu’insuffisamment habitant/e/s et salarié/e/s doivent s’arrêter le 31 janvier 2011. Mais c’est d’en haut, en petit comité, avec parfois une appropriation exclusive par les instances territoriales –telle l’assemblée du conseil général de Seine-Saint-Denis-, que s’est élaboré un projet de « compromis » dont se targuent président du conseil régional et représentant du gouvernement : c’est inacceptable du point de vue de la démocratie et je propose qu’une prolongation d’au moins 2 mois, permette d’en débattre dans les 8 départements. Et que ces débats se poursuivent dans le cadre des enquêtes publiques, partout, en proximité.

C’est ce même processus démocratique qui doit prévaloir pour l’adoption des contrats territoriaux qui ne pourraient être acceptés que dans une conception populaire de l’aménagement et des droits avec une augmentation considérable de la réalisation de logements sociaux, le maintien des populations modestes concernées par les projets, un rapprochement des activités créatrices d’emploi des quartiers d’habitat pour réduire les déplacements forcés, la vérification que tous les territoires, sans exception, bénéficient des atouts représentés par le développement considérables des moyens de transport.

Ce sont eux qui seront déterminants par la création de nouvelles infrastructures majeure en rocade et transversales pour compléter le réseau existant dont la rénovation et la modernisation est urgente. Cela doit réaliser un maillage serré de toute l’Île-de-France, en lien avec les réseaux bus et tramways en devenir et toutes les alternatives à l’automobile et les circulations douces : il ne peut pas y avoir un projet « Grand Paris » sans parallèlement, en tenant compte de tout ce qui sera nouveau, la relance d’un débat en profondeur, partout, en proximité comme à toutes les échelles territoriales, des Plans de déplacement urbains –PDU- pour dégager les besoins nouveaux et les aménagements et lignes nouvelles nécessaires pour répondre aux attentes des populations et des salariés, optimiser les projets et concrétiser vraiment l’égalité de tous les territoires et populations face au droit à la mobilité choisie.

Cette mobilité nécessite certes des investissements nouveaux à une échelle inégalée –aujourd’hui 35 Mds €, délibérément plus pour répondre aux nécessités-, permettant de rattraper les retards destructeurs, d’investir pour l’avenir et pour faire face à l’explosion du recours aux transports publics indispensable pour combattre les dangers du changement climatique. Mais elle doit être, pour les usagers, un droit nouveau, plein et entier sans entrave ni sanction financière : la plus grande partie des financements doit provenir des plus grands bénéficiaires, les entreprises –déplacement des salariés et des clients- et maîtrisées par la Région. La taxe spéciale d’équipement sur les ménages doit être abrogée, celles sur les entreprises et bureaux augmentées, le versement transport réaménagé et harmonisé vers le haut, augmenté et étendu à toutes, appuyé également, en plus, sur la valeur ajoutée dont les transports assurent en grande part l’extension considérable –l’Île-de-France, pour 20% de la population française génère 30% du PIB national. Enfin, une véritable taxe sur les bénéfices spéculatifs fonciers et immobiliers des promoteurs et donneurs d’ordre du BTP doit être appliquée.

Les collectivités territoriales, donc les contribuables, doivent être préservées de cet effort supplémentaire dont l’Etat doit prendre une part bien plus importante.

Les emprunts nécessaires doivent pouvoir être souscrits à des taux très réduits, de 0 à 1%, auprès des établissements financiers et des banques qui se sont servis de la crise et des avances de l’Etat pour faire des bénéfices outranciers. Refusons tout ce qui peut s’apparenter aux Partenariat Public-Privé dont ce dernier bénéficie toujours au détriment du collectif.

Les transports collectifs ainsi démultipliés doivent être du service public modernisé et démocratisé en faveur des salariés des entreprises publiques et des usagers : toutes les modalités de cette démocratisation doivent être renouvelées, approfondies, étendues pour leur donner toute leur place à égalité avec les autres acteurs des transports. Ce doit être aussi la démarche au Syndicat des transports d’Île-de-France, qui doit être restauré, en outre, dans son rôle d’instance régionale sur toutes les dimensions des transports, en partenariat avec les entreprises publiques coopérant entre elles : RATP, SNCF, RFF, en partenariat avec les instances et services de l’Etat et des collectivités territoriales. La société du Grand Paris doit être dissoute.

Le service public ainsi organisé doit s’inscrire dans une dynamique vers la gratuité des transports pour tous. Les augmentations tarifaires actuelles et celles qui sont prévues ou envisagées sont inacceptables : le droit à la mobilité en Île-de-France passe par une réduction vers une disparition de la charge financière sur les usagers et son report sur les  richesses en particulier des entreprises financières et commerciales, principaux bénéficiaires des réseaux de transports.

La recherche d’un projet partagé des transports en commun en Île-de-France est un objectif d’actualité. Sa nature et son contenu sont encore négociés entre un gouvernement chargé de mettre en œuvre la politique néolibérale de la droite et de Sarkozy et des institutions régionales promptes aux compromis au-delà des résistances affichées. Cela ne serait acceptable pour les populations et les salariés que dans une véritable vision de transformation au plan social et écologique.

Rappelons que la FASE appelle aux convergences et au rassemblement à gauche de celles et ceux qui partagent et veulent mettre en application cette vision. Pour aujourd’hui et pour les mois et années à venir, chargés de perspectives et de choix déterminants pour les populations et les territoires, en Île-de-France comme dans l’ensemble du pays…

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