Arnost Lustig : « La danseuse de Varsovie »

Arnost Lustig : La danseuse de Varsovie

Traduit du tchèque par Erika Abrams

Galaade Editions, Paris 2012, 218 pages, 18 euros

 

Qu'est-ce que ces histoires de gaz qu'on racontait sur la rampe ?

Herman Cohen et dix neuf autres hommes juifs détenteurs d'un passeport étasunien dans un camp nazi. Les moyens financiers pour un traitement privilégié et l'espoir d'un aller en Suisse dans le cadre d'un échange avec des prisonniers allemands. Un tailleur pour leur faire des vêtements. Situation peu commune dans un tel environnement. La banalité pour aborder l'illusoire des transactions, les pièges d'une espérance, l'absurde d'un train, les inacceptables.

Dans la grisaille de l'impossible et pourtant réel, le cri de Katarzyma Horowitz : « Mais je ne veux pas mourir ».

Les gestes qui comptent, « Mais le crachat était toujours là », la situation d'une femme et la menace permanente du viol « Le viol, point faible des troupiers allemands – et, sans doute, des soldats du monde entier – malgré les efforts de la police militaire pour maintenir la pureté de la race à force de proclamations claironnées sur les toits », Friedrich Brenske ou la banalité du mal...

Le sentiment, la certitude et pourtant : « mais tout en exprimant son désir, il sentait dans chaque fibre de son corps la proximité du camp et tout ce qui allait avec, depuis la rampe et les rails et les wagons à bestiaux jusqu'à ces grands bâtiments bas avec leurs cheminées trapues ; s'il ignorait l'origine de la grasse fumée noire qui déferlait dans le ciel, quasi sans discontinuer, il la savait là, et donc il se tut ». Le camp, la mort, la fumée, la vie de l'autre coté de la frontière.

Un baiser sur les lèvres. Et cette fumée « quoi qu'elle fit, il lui semblait toujours que la fumée sortait, non pas du camp, mais directement de la bouche de cet homme ». Le train, les voitures Pullman et le paquebot. Des passeports et des échanges monétaires. « Les roues sur les rails scandaient les mots camp et crépuscule, l'un après l'autre, toujours et encore ». Le nécessaire mariage et le retour en arrière, le camp-mère, les espaces réservés et interdits, la nuit et le brouillard, l'obligatoire désinfection...

Se dénuder, et pour Katarzyma Horowitz, seule femme au milieu de ces hommes, « La honte qu'elle éprouvait était d'un autre ordre, une honte face à elle-même », la seule aussi qui comprend, « Elle aussi y était à sa place, c'était sans appel, le camp était partout. Sa race et ses origines étant ce qu'elles étaient, il n'y avait pas où fuir. Soudain elle eut un doute : existait-il encore un monde en dehors de ce camp ? », qui se révolte, frappe et rompt un temps inexorable, le fait que « il n'y aurait pas d'années futures »...

Coup de feu, détonation « Le dernier coup partit au nom de Lea ». Mitrailleuses. Feu !

La force de la littérature, des mots, pour créer des personnages et des situations, de l'absurde et ainsi nous parler de réel. « Soudain elle eut un doute : existait-il encore un monde en dehors de ce camp ? ».

Arnost Lustig : La danseuse de Varsovie

Traduit du tchèque par Erika Abrams

Galaade Editions, Paris 2012, 218 pages, 18 euros

Didier Epsztajn

http://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/

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