Salim Barakat : « Les Plumes »

Salim Barakat : Les Plumes

Traduit de l'arabe (Syrie) par Emmanuel Varlet

Actes Sud, Arles 2012, 347 pages, 23,50 euros

 

Savez vous s 'ils sont arrivés au bout de leur attente, s'il est arrivé au bout de son rêve ?

Sous titre : « Les preuves qui échappèrent à Mem Azad durant sa lointaine et drolatique escapade »

Voici un livre d'une grande beauté, alliant les jeux de langue et de construction pour un voyage avec des hommes et des femmes kurdes.

Première partie, Mem à Chypre pour rencontrer le « Grand Homme », Mem et l'attente, Mem et la volonté d'en finir.

Mem et une plume, comme celle du titre de l'ouvrage. Une plume-fil allant de l'un à l'autre, une ou des plumes, « une plume remontée du fonds d'une valise ». Mem immigré-voyageur dans une attente peu définie. Le « Grand Homme ». Raconter l'attente et la rencontre au père, une lettre pour reconstruire son imaginaire, pour combler la veine attente. D'autres aussi semblent dans une situation semblable, « Nous n'avons pas le choix : tu es la seule personne dont nous disposons pour établir le fait que nous avons été envoyés en mission ». Une lettre comme une rencontre en devenir. Et là-bas le Kurdistan, « Les Kurdes ne perdent jamais, car ils sont maîtres de leur douleur ». Les contes, les histoires, les imaginaires d'une population, d'un pays sans cesse évoqué et pourtant fuyant. La coloration fantastique des transformations animalières, les dialogues des oiseaux. La pensée du frère, Dino, « Combien de fois, sous le regard vert et froid de mon frère, j'ai eu la sensation de m'envoler, sans pourtant m'élever d'un pied au-dessus du sol ! »

Seconde partie. Autre histoire, autre temps ou double vision. Au pays des héros, des anges ou des oiseaux, l'envol du récit. Le souffle de la liberté tant cherchée.

« Quelques jours avant le prétendu départ de son fils Mem pour cette prétendue île, après cette nuit durant laquelle ce dernier, résistant aux cris tentateurs des chacals, avait dû lutter pour ne pas quitter son lit et rejoindre la meute... ». Hamdi, les sœurs, Kaspo, Dino, la fille aux rangers...

La disparition, la mort, le revenant, la frontière turco-syrienne, les rêves éveillés. Qui devait partir au Kurdistan ?

Une valise encore une fois, « Une valise dont l'histoire ne m'a jamais intéressé, si bien que j'ignore totalement comment elle est arrivée à la maison ».

Le langage des animaux « Les abeilles : Nous butinons les différents fragments de votre image, nous les réunissons ».

Plongée dans le temps et temps présent. Et, encore une fois, une petite plume cendrée, une spirale « où le hasard perpétue la fascination ».

« En remettant la petite plume grise qui s'était élevée dans les airs bien à sa place, tout au fond ».

Des plumes, des oiseaux, l'envol, l'exil, les peut-être voyages, les légendes et les histoires. La force de l'imagination, des mots, des récits et des dialogues, la plume d'un grand écrivain pour dire le rêve, l’espérance, de ces kurdes, considéré-e-s comme étranger-e-s dans leur propre pays, ici la Syrie.

Salim Barakat : Les Plumes

Traduit de l'arabe (Syrie) par Emmanuel Varlet

Actes Sud, Arles 2012, 347 pages, 23,50 euros

Didier Epsztajn

http://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/

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