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Tous ensemble, OUI... Ouvrons un autre avenir !

La surenchère sécuritaire et nationaliste de Sarkozy et de son gouvernement organise en réalité l’indignité, la mise à l’écart de populations entières, le mépris des pauvres et de tous ceux que le président et ses sbires désignent comme « classes dangereuses ». La politique vis-à-vis des étrangers et des Roms est condamnée par l’ONU et le Conseil de l’Europe! Elle amène des réactions massives : la liste des manifestations du 4 septembre forme un raz de marée ; des actions solidaires ont lieu.

En proposant des mesures anticonstitutionnelles, qui changent les bases de l'état de droit et de la démocratie, cette droite remet en cause nos libertés.

Cette fuite en avant sécuritaire, c’est l’insécurité pour tous. Et les mobilisations sont au rendez-vous.

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Crise économique, mutations énergétiques et changement climatique ( Philippe VRAIN) PDF Imprimer Envoyer
Aubagne 2009 débats & ateliers - Débat urgences analyses et perspectives
Samedi, 18 Juillet 2009 01:51

Contribution pour les discussions de la Fédération

 Philippe VRAIN

 

Crise économique, mutations énergétiques

et changement climatique

 

Le monde se trouve actuellement à la confluence de trois mutations : la crise économique et social du capitalisme néo-libéral ; les menaces de pénuries notamment alimentaires et énergétiques ; le changement climatique.

Si ces trois mutations se déploient chacune selon des rythmes propres, leurs manifestations tendent à converger en ce début du 21ème siècle pour donner naissance  à une configuration globale  où interagissent leurs contenus.

 

1°) La crise du néo-libéralisme

 

Elle se manifeste selon des dimensions inédites, étant donné le poids acquis par la finance dans le capitalisme contemporain. Personne n'est en mesure d'en pronostiquer les étapes de son déroulement.

S'agit-il d'une crise économique, évoluant selon un cycle de 7 à 10 ans, proche de ceux qui se sont succédés pendant les 19ème et le début du 20ème siècle ? Se trouve-t-on plongés dans la phase récessive d'une fluctuation longue, dite de Kondratieff, succédant à la période de croissance des trente glorieuses. ? Ce moment correspond-il, comme le pense l'économiste Immanuel Wallerstein, à l'une des manifestations finales du capitalisme, après un essor de cinq siècles ?

Quoiqu'il en soit, la récession économique actuelle, se révèle d'une ampleur et d'un contenu inédits, depuis le fin de la seconde guerre mondiale.

Deux de ses composantes, le volume de l'endettement considérable des ménages et de l'Etat américain, ainsi que la diffusion massive d‘actifs « toxiques » dans les circuits financiers mondialisés, constituent des bombes à retardement, dont le contenu potentiellement destructeur a été souligné par des économistes hétérodoxes. Certains d'entre eux ont récemment mis en garde contre les dérives inflationnistes, qui risquent de survenir dans le contexte d'un système financier international, arque bouté sur le dollar maintenu comme principale monnaie de réserve.

Autrement dit, la récession économique, qui s'est greffée sur la crise de l'endettement enclenchée courant 2007, apparaît plombée par trop d'inconnues, pour que l'on soit en état d'en anticiper une issue prochaine de forme « classique ». Des mesures internationales d'ordre politique seraient en mesure d'en transformer le cours, en orientant l'humanité vers des voies radicalement différentes, celles d'une économie de partage. Nous en sommes loin.

 

2°) Menaces de pénuries et mutations énergétiques

 

Parallèlement, émergent, en cette première décennie du 21ème siècle des problèmes que l'humanité n'avait encore jamais eu à résoudre à une telle dimension : la raréfaction des matières premières, de l'alimentation en eau, ...L'ONU et les institutions internationales soulignent que l'alimentation en eau potable devient, de plus en plus, un enjeu crucial pour la survie de nombreuses populations. De nombreux pays africains sont affectés de déficits en produits alimentaires de base, du fait de la conjonction de la croissance démographique, d‘une expansion urbaine incontrôlée et de la stagnation des agricultures vivrières, par suite de la concurrence des grandes agricultures capitalistes exportatrices et de l'extension des surfaces destinées aux agrocarburants. Cette dégradation risque, à terme, de concerner plusieurs régions d'Asie et d'Amérique latine. Conséquence du système de croissance piloté par le profit, ces pénuries menacent d'être considérablement aggravées par les évolutions climatiques en cours (cf. infra).

Par ailleurs, se profile la raréfaction des réserves pétrolières avec, d'ici quelques années, l'avènement d'un « pic pétrolier » mondial, annonciateur d'une déplétion inexorable de la production. Il en résultera une tendance à la hausse du prix des hydrocarbures de plus en plus accentuée et chaotique.

De tels évènements entraîneront de profondes perturbations pour de nombreuses activités économiques, car le pétrole constitue une ressource essentielle à la fois comme carburant et comme matière première pour l'industrie, l'agriculture et les transports. Il s'ensuivra une succession de tensions affectant l'approvisionnement en produits carbonés- les réserves de gaz étant à peu près équivalentes à celles du pétrole-, dont les conséquences économiques, sociales et géostratégiques seront considérables.

Dans ces conditions, une alternative s'ouvre dès maintenant pour tenter de remédier à ces menaces de pénurie.

La première orientation consisterait à persévérer dans la continuité, en exploitant massivement le charbon, le plus abondant et le mieux distribué des combustibles carbonés, dont les réserves prouvées équivalent à deux siècles de consommation au rythme actuel (toutefois, si l'on prend en compte la perspective d'une croissance économique exponentielle de 2% par an, toutes les réserves connues seraient épuisées d'ici 2050).

Un tel recours permettrait de repousser vers la fin du 21ème siècle l'épuisement des ressources fossiles disponibles (hors uranium). Toutefois, cette voie serait potentiellement suicidaire pour l'humanité car elle obérerait sur le long terme toute politique environnementale destinée à réduire les émissions de GES.

La seconde branche de l'alternative, radicalement différente, repose sur l'adoption de modèles de production et de consommation fondés sur des économies d'énergie massives, l'innovation, le développement des énergies renouvelables.

Nous sommes là devant un défi majeur, mais dont l'humanité est à même d'en assurer la maîtrise.

Cette seconde orientation est la seule compatible, sur le fond, avec une stratégie de lutte contre le changement climatique.

 

3°) Le processus de changement climatique

 

Il s'agit d'une réalité déjà très prégnante, pas seulement d'une perspective future. Ce phénomène est global, car il impacte, de manières multiples, l'ensemble de la biosphère.

Durant les trente dernières années, la domination du capitalisme néo-libéral sur l'ensemble des activités de la planète a généré des modes de développement de plus en plus inégalitaires et dévastateurs du point de vue social et écologique.

 

Sur le plan énergétique, la croissance économique mondiale a reposé, depuis deux siècles, à 85%, sur le recours à des combustibles carbonés. Ceci s'est traduit par une intensification sans précédent des gaz à effet de serre.

 

Selon le 4ème rapport officiel du GIEC de 2007 les émissions mondiales de CO2 avaient augmenté, durant la décennie 1990, à un taux annuel moyen de 1%. Or, les évaluations récentes ont mesuré une inflation considérable du volume de ces émissions, dont le taux d'accroissement annuel a atteint 3,5% entre 20000 et 2007.

Le niveau actuel de concentration de CO2 dans l'atmosphère de 385 parties par millions en volume (ppmv), qui s'est accru de 30% depuis le début l'ère industrielle, va continuer d'augmenter. En effet, les sols, la végétation et les océans n'absorbent environ que la moitié des émissions de CO2 d'origine anthropique, l'autre moitié s'accumulant dans l'atmosphère, où elle chauffe la planète (c'est le « forçage radiatif »).

 

Les experts du GIEC estiment que ce taux ne devrait pas dépasser 450 ppmv, pour limiter à +2° l'élévation de la température moyenne de la surface de la planète en 2100 par rapport à aujourd'hui.

 

Ce taux de concentration de 450 ppmv apparaît désormais inéluctable, avec un risque de plus en plus élevé de son dépassement. Compte tenu du volume des émissions de GES mesurées depuis l'an 2000, un nombre grandissant de scientifiques craignent un scénario de +3° de réchauffement, correspondant à des taux de concentration dans l'atmosphère supérieurs à 450 ppmv. Une telle situation s'avèrerait d'un extrême danger.

 

Katherin Richardson, co-organisatrice, en mars 2009 d'une réunion de 2000 spécialistes du climat à Copenhague a déclaré, à son issue : « il en ressort que nous sommes sur la pire trajectoire que le GIEC a identifié. Le panorama est parfois encore plus lugubre ».

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La paléoclimatologue Valérie Masson-Delmotte, membre du GIEC, a explicité ces prises de position, lors d'un entretien accordé à la « La Revue Durable » du 1er trimestre 2009. Avec le climatologue de la NASA, James E. Hansen, et huit autres co-auteurs, elle vient de tirer vigoureusement la sonnette d'alarme, à travers la publication d'un article, qui réévalue sensiblement à la hausse la « sensibilité climatique ». Convergeant avec les résultats d'autres recherches, ce travail insiste sur la nécessité de tenir compte des « rétroactions lentes » dans les modèles de climat. Il conduit à revoir, de manière significative, l'élévation, à terme, de la température dans les différents scénarios de réchauffement, issus des modèles de climat standard du GIEC.

Autrement dit, bon nombre de prévisions antérieures vont devoir être modifiées quant aux conséquences de l'accélération du réchauffement, notamment pour ce qui concerne l'état des océans.

Valérie Masson-Delmotte s'exprime sans ambages : « sur le fond.... Je suis très pessimiste....je ne vois rien dans l'évolution du climat qui me rende optimiste. »

 

Les climatologues estiment, en effet, que la vitesse avec laquelle se modifient les équilibres de la biosphère crée une situation, qui risque de franchir un « point de bascule » ( tipping points), au delà duquel une spirale désastreuse de changement climatique échappera au contrôle de l'humanité.

 

Mais qu'entend-on par processus irréversible ?

Au-delà de sa définition physique, cette notion demande à être interprétée par rapport à une espérance de vie humaine. Les temps des phénomènes climatiques diffèrent, en effet, d'un, ou plusieurs ordres de grandeur, de notre durée de vie personnelle.

 

La durée de vie du CO2 atmosphérique dépend de son « temps de renouvellement », qui est de quelques années et d'un second paramètre, exprimant sa rémanence dans l'atmosphère. Celle-ci se caractérise par le « temps d'ajustement » de sa concentration, après l'arrêt des émissions anthropiques.

 

Alors, qu'en 2001, les experts du GIEC estimaient le temps d'ajustement du CO2 atmosphérique à une centaine d'années, ils écrivaient, en 2007, dans leur 4ème rapport : « alors que plus de la moitié du CO2 émis est actuellement retiré de l'atmosphère en un siècle, une autre fraction reste dans l'atmosphère pendant des millénaires ».

 

De nouvelles études tendent à confirmer cette très longue rémanence du CO2 atmosphérique, après l'arrêt des émissions. Valérie Masson-Delmotte met l'accent sur l'action de ces « rétroactions lentes », en soulignant que 30% du dioxyde de carbone, qui part aujourd'hui dans l'atmosphère s'y trouveront encore dans plusieurs millénaires.

 

Cela signifie, d'une part, que le changement climatique en cours est dû aux émissions de GES qui ont déjà eu lieu, d'autre part, que la quantité de gaz qui sera émise dans les quinze à vingt prochaines années définira la trajectoire de la  terre au 21ème siècle et sur les siècles suivants.

 

Quant à l'impact du réchauffement sur le fonctionnement des océans, il sera de plusieurs millénaires, l'échelle de temps nécessaire pour que le système revienne à son équilibre.

 

Face à de telles perspectives, l'humanité se trouve placée devant deux impératifs.

  • Décider de mettre en œuvre des mesures de très grande ampleur, c'est à dire la nécessité de diviser au minimum par trois les émissions mondiales de GES d'origine anthropique à l'horizon 2050. ( émissions qui se chiffrent actuellement aux alentours de 8 milliards de tonnes d'équivalent carbone par an.).
  • Agir dès maintenant sans retard, ce qui signifie : s'imposer, d'ici 2050, des objectifs intermédiaires rigoureux de réduction pour 2020 et 2030.

Le temps nous est compté. Il s'agit d'une course de vitesse, que les humains ne sont pas assurés de gagner.

Car il faut bien se persuader qu'on ne négocie pas avec la Nature.

 

La biosphère dispose, grosso modo, d'une capacité d'absorption de CO2 de 3 milliards de tonnes d'équivalent carbone par an. Ceci correspondait à la moitié des émissions d'origine anthropique de l'année 1990, mais beaucoup moins aujourd'hui, car les émissions se sont accrues de près de 30% depuis cette date.

 

Le président du GIEC, Rajendra Pachauri, déclarait ainsi en juillet 2008 « il nous reste sept ans pour inverser la courbe des émissions de CO2 ».

A cet égard, la conférence de Copenhague, qui se tiendra en décembre 2009, sera décisive, car elle aura pour tâche d'orienter l'action des gouvernements du monde entier pour l'après Kyoto, c'est à dire pour 2012.

 

4°) De nouvelles démarches fondées sur une « décroissance énergétique ».

 

Dans ces conditions, il convient de prendre en compte l'imbrication étroite des mutations socio-économiques et énergétiques avec le processus de changement climatique.

Cela signifie, notamment, que l'actuelle récession ne pourra déboucher sur des solutions durables que si les politiques économiques et sociales sont axées, à long terme, sur des problématiques environnementales.

 

Il existe une alternative crédible à l'augmentation infinie de nos consommations d'énergie, laquelle est de toute façon impossible à terme. Fondée sur une approche différente, elle est dénommée « démarche négaWatt ».

 

Elle propose d'aborder autrement la question énergétique, en nous interrogeant d'abord sur nos propres besoins, réels ou supposés, puis en cherchant à y répondre le plus efficacement possible, en recourant aux sources d'énergie les moins problématiques . Elle est fondée sur le triptyque : Sobriété/efficacité/énergies renouvelables.

 

Pour travailler en ce sens, une centaine d'experts et de praticiens, impliqués à titre professionnel dans la maîtrise de la demande d'énergie et le développement des énergies renouvelables, ont été à l'initiative d'un « Manifeste pour un avenir sobre, efficace et renouvelable »

 

Ce manifeste s'est appuyé sur un exercice intitulé « scénario négaWatt 2000-2050 », qui a été appliqué à l'économie française en 2006. La méthodologie repose sur la confrontation de deux scénarios, un « tendanciel » et un « négaWatt ». Le scénario tendanciel correspond à une poursuite au même rythme que les années passées des consommations nationales, à partir d'une analyse rétrospective sur la période 1973-2000. Il s'agit, en quelque sorte, d'un scénario « continuons comme avant ».

 

Le scénario « négaWatt » s'appuie sur trois priorités :

-          des actions volontaristes et continues de sobriété énergétiques

-          - la recherche systématique d'une meilleure efficacité dans les usages et les équipements

-          - un recours prioritaire aux énergies renouvelables pour la fourniture résiduelle d'énergie

 

Par ailleurs, le scénario prévoit une fermeture progressive des centrales nucléaires existantes.

 

Le scénario « négaWatt » promeut une inflexion très volontariste, dans le sens d'une politique de sobriété et d'efficacité énergétique : sans celle-ci, d'après le scénario « tendanciel », la production française d'énergie primaire, en 2050, serait trois plus élevée. Les gisements d'économie d'énergie de « négaWatt » sont donc considérables, puisqu'ils représentent, potentiellement, 70% de la consommation tendancielle.

 

Les auteurs de l'expérience mettent l'accent, avec insistance, sur le fait que le « bouquet énergétique » de ce scénario, à 80% d'énergies renouvelables, ne peut se développer, à l'horizon 2050, qu'à condition d'appliquer dès maintenant une vigoureuse politique de réduction de la demande : sans celle-ci, les effets positifs d'une forte production par les renouvelables seraient intégralement effacés par l'accroissement de la demande.

La mise en œuvre de « négaWatt » permettrait ainsi de réduire, en 2050, la consommation d'énergie primaire à 52% de sa valeur actuelle.

 

Le second point fort de ce scénario tient à sa cohérence avec les objectifs officiels de diminution par 4 des émissions de GES en 2050. Il limite, en effet, les émissions de GES, dues à la production et à la consommation d'énergie, à 1,7 tonne d'équivalent CO2 par personne en 2050, contre 6,7 tonnes actuellement.

Il paraît donc bien en phase avec les grands objectifs environnementaux européens et mondiaux.

 

Outre les gains énergétiques directs pour les entreprises consommatrices, le scénario ouvre des perspectives de développement pour de nombreux secteurs, tels que le bâtiment, la fabrication de composants et de matériaux, les études technico-économiques, les services énergétiques etc. Ces activités nouvelles pourront s'appuyer sur un solide marché domestique qui sera beaucoup plus favorable aux PME-PMI.

Enfin, « négaWatt » permet de nombreuses créations d'emplois, financées par les économies réalisées grâce à la diminution des consommations énergétiques. Pour ce qui concerne les énergies renouvelables, en se référant aux expériences étrangères, les évaluations conduisent à un essor considérable de l'éolien, du photo-voltaïque et de la biomasse avec plusieurs centaines de milliers de créations d'emplois à la clef.

 

De tels résultats ne sont pas extraordinaires.

D'autres prospectives énergétiques ont été étudiées au niveau planétaire, dans le cadre d'une démarche qui s'apparente à celle de « négaWatt ». Mentionnons simplement, sans la décrire, la vision du WWWF, qui, dans un rapport de 2007, a montré qu'il est possible de diminuer, dans le monde, de 60 à 80% les émissions de CO2 d'ici 2050, tout en développant l'accès à l'énergie. Dans ce scénario, l'efficacité et la sobriété énergétique jouent également un rôle crucial pour répondre à la demande, à côté des énergies renouvelables

 

5°) Une réduction drastique des inégalités est indissociable de la lutte contre le changement climatique

 

Au terme de trente ans de néo-libéralisme, les inégalités entre peuples demeurent considérables dans les domaines économiques, énergétiques et des émissions de GES qui y sont associées.

En outre, les écarts entre pays se doublent de profondes inégalités à l'intérieur de chacun d'entre eux.

 

A cet égard, la quantité de CO2 mesurée en équivalent carbone, émise par chaque habitant de la planète, constitue un assez bon indicateur synthétique de ces inégalités.

 

A partir d'un objectif mondial d'arriver à un volume d'émissions de 3 milliards de tonnes d'équivalent carbone par an tout au plus, qui correspond à la capacité d'absorption de la biosphère, on peut alors répartir équitablement le « droit à émettre », c'est à dire le quota affecté à chaque terrien. Ce quota constituerait ainsi une norme universelle de référence. De ce point de vue, pour une population mondiale, en 2004, de 6,5 milliards d'habitants, ce droit équivalait à 460 kilos de carbone par an, ou encore 1,7 tonne de CO2.

 

D'après les évaluations du météorologue Jean-Marc Jancovici, ce « quota équitable » d'émissions représentait en 2004 :

  • moins de 10% des émissions d'un américain du nord, qui devrait donc diminuer ses émissions par 10 (voire par 12) pour participer équitablement à l'effort mondial nécessaire
  • Entre 15 et 20% des émissions d'un allemand ou d'un danois qui devraient donc diminuer leurs émissions par 6
  • 25 à 30% des émissions d'un français ou d'un suédois, pour lesquels serait nécessaire une division par 4 [d'où l'expression de Facteur 4 pour symboliser la division par 4 des émissions de GES en France en 2050]
  • Environ 60% des émissions d'un chinois (avec sa très forte croissance économique, la Chine a déjà dépassé la valeur du droit à émettre universel)
  • Par contre, ce quota représente 1,5 fois les émissions d'un indien et 4 fois celle d'un nigérian

 

Cette convergence vers la norme d'équité de 460 kilos équivalent carbone par personne et par an possède des avocats au sein du monde en développement, tel que feu Anil Agarwal, ancien directeur du « Center for science and the environment ».

Dans chaque pays, les écarts de revenus conduisent à des inégalités homologues en termes de consommations énergétiques et d'émissions de GES.

 

Les stratégies de réduction d'émission de GES ne peuvent donc pas se limiter à des négociations internationales, avec des accords de limitation se référant à des quotas exprimés en valeur moyenne. Elles devraient également se décliner à l'intérieur de chaque pays, par la mise en œuvre de politiques de lutte contre les inégalités domestiques. Si ce n'était pas le cas, c'est à dire si le capitalisme néo-libéral continuait d'exercer une hégémonie universelle sur la vie économique et sociale, alors le champ resterait ouvert aux dérives d'une croissance productiviste et destructrice de la nature.(cf. les deux ouvrages récents d'Hervé Kempf :

« Comment les riches détruisent la planète » et « Pour sauver la planète, sortez du capitalisme », parus au Seuil, en 2009)

 

6°) Capitalisme vert, décroissance et économie de partage

 

Ces remarques nous amènent à réfléchir sur ce à quoi pourrait aboutir une sortie de crise.

On a vu que le monde se trouve devant un complexe de trois grandes crises ou mutations :

-celle du néo-libéralisme, de l'énergie et du changement climatique- et que traiter l'une d'entre elles en occultant les deux autres conduirait, à terme, au devant de catastrophes.

 

Dans ces conditions, comment s'extraire de cette imbrication, sans retomber dans les serres du profit, de la domination des firmes internationales et de la toute puissance du marché ?

Cette interrogation n'a rien d'anecdotique, car le néolibéralisme s'applique à chercher des issues à la crise historique qu'il traverse. De nouvelles stratégies néocapitalistes projettent ainsi de se déployer dans le cadre de la mondialisation.

 

Comme le souligne le politologue Paul Ariès, dans un article récent (L'humanité du 23/04/09) intitulé « La barbarie programmée du capitalisme vert », les milieux économiques et techno-scientistes « ne veulent pas être victimes de l'effondrement écologique, mais entendent bien faire encore plus de profit et asseoir d'avantage leur domination ». Ainsi émerge un capitalisme, qui s'écarte des notions, pourtant ambivalentes, de « développement durable » pour prôner désormais une « croissance verte » ou « propre ». Ces supports figurent parmi les très grands groupes, tels que GDF-Suez ou Véolia.

 

Pour Paul Ariès ce « capitalisme vert » repose sur trois piliers :

-          Le premier consiste à passer, comme le proclame l'ex socialiste Claude Allègre, d'une « écologie dénonciatrice » et culpabilisatrice à une « écologie réparatrice ». Il s'agit de mettre en avant le principe « pollueur-payeur », la monnaie carbone et, in fine, de donner au marché un rôle prédominant.

-          Le second pilier du capitalisme vert est son parti pris antidémocratique.L'entreprise est promue principal acteur du changement et ses dirigeants deviennent des champions de l'écologie. L'un des objectifs est de dépolitiser les enjeux, de concentrer les débats dans des cénacles de gens « informés et compétents » pour en écarter les plus humbles.

Le troisième pilier réside dans la volonté d'adapter l'humanité aux besoins du productivisme, quitte à s'égarer dans des fantasmes de toute puissance, ceux d'un monde sans limite et de l'homme « maître et possesseur de la nature » ( techniques de manipulation artificielles du climat, enfouissement du CO2 consécutif à une utilisation massive du charbon,...)

 

Face à cette « barbarie programmée du capitalisme vert », la réponse doit être démocratique. Il faut résister au bradage de l'écologie politique, construire ensemble des alternatives, en France et au niveau européen, développer une économie de partage.

 

7°) Défendre des orientations économiques écologico-compatibles

 

On a évoqué précédemment des perspectives de « décroissance énergétique », avec le scénario « négaWatt ». Une telle démarche est amenée à se décliner de manière transversale dans de très nombreux secteurs économiques. Pour autant, la notion de « décroissance » demande à être approfondie. Elle ne peut pas constituer un terme fétiche applicable à toutes les situations.

 

Comment concilier le plein emploi et des objectifs écologiques ? Comment favoriser une relance économique, qui ne soit pas la reprise du « business as usual » ?

Nous illustrons brièvement ces orientations par trois exemples ;

 

La situation de la crise de la filière automobile nous interpelle.

La solution qui a consisté à favoriser la demande de véhicules privés, par l'attribution d'un bonus écologique, ne peut être au mieux qu'un palliatif, pas une solution de fond. Elle ne traite nullement le problème de la domination écrasante de ce mode de transport, qui émet, en France, 28% des GES.

 

Une relance « durable » supposerait une restructuration de cette filière reposant sur une diminution de la demande en véhicules personnels, le développement des transports en commun, urbains et nationaux, des programmes de transfert massif du fret vers le rail, donc de la diminution du trafic routier de marchandises. Dans cette perspective, il serait nécessaire d'instaurer une éco-redevance sur le transport routier de marchandises. Il conviendrait, parallèlement, de veiller au raccourcissement des trajets, en lien avec des relocalisations de production, notamment agricoles (réduire le plus possible la commercialisation internationale de denrées agricoles, qu'il s'agisse de transport par le train, par la route ou l'avion)

La mise en œuvre de ces nouvelles stratégies géoéconomiques impliquerait que les salariés, soumis à ces restructurations, se voient garantir leurs revenus durant plusieurs années, ainsi que l'acquisition de formations qualifiantes pour leur reconversion.

 

Evoquons un second exemple, lié à l'application du « Grenelle d l'environnement » et qui concerne la question de l'efficacité énergétique : la réhabilitation du bâti.

 

Le parc du bâti résidentiel et tertiaire français comprend plusieurs dizaines de millions d'immeubles. Il consomme annuellement, notamment pour le chauffage, 45% de l'énergie produite en France et contribue, pour 25%, aux émissions nationales de GES.

Chaque année, les constructions neuves représentent 1% de cet ensemble. Il faut donc, en principe, un siècle pour assurer un renouvellement complet du parc immobilier. Les réglementations thermiques existantes (RT 2005) et les futures normes de « basse consommation », imposées par le législateur pour les constructions neuves (Grenelle 2), ne seront donc efficacement diffusées qu'au bout de plusieurs décennies.

Dans ces conditions, la réhabilitation et la rénovation du bâti existant, représentent une opportunité très importante pour accroître l'efficacité énergétique des habitations, sachant que les bâtiments les plus anciens consomment allègrement - et émettent donc du CO2 en proportion - plus de 300 kWh par m2, chaque année, pour le chauffage et l'eau chaude, alors que la norme de 50 kWh par m2 va s'imposer dans le neuf à partir de 2012.

 

Le secteur de la construction, qui subit aujourd'hui les effets de la récession économique, voit donc s'ouvrir de nouveaux débouchés, qui s'accordent bien avec la double exigence d'économies d'énergie et de réduction des émissions de CO2.

Ceci signifie la création potentielle, pour les vingt prochaines années, de centaines de milliers d'emplois non délocalisables (cf. supra « négaWatt) ;

 

Une dernière illustration concerne les habitudes de consommation.

La consommation de viande représente une composante notable, et coûteuse, de notre panier alimentaire. La viande de bœuf ou d'agneau mobilise, pour sa production, une grande quantité de denrées agricoles qui pourraient être directement ingérées par les humains, avec un rendement calorique final bien supérieur. Les bilans énergétiques et environnementaux des élevages de bovins et de caprins sont médiocres, voire mauvais (les vaches émettent une grande quantité de méthane).

Pour promouvoir une démarche économique soutenable, il ne s'agit donc pas seulement de transformer les modes de production, mais d'agir aussi sur nos habitudes de consommation, nos « habitus », c'est à dire les comportements culturels incorporés qui façonnent une partie de notre identité personnelle.

 

                                                                                             Philippe VRAIN

 
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