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Travail genre et sociétés : Sud-exploitées

Travail genre et sociétés : Sud-exploitées

N° 25/2011 http://www.tgs.cnrs.fr/

Editions La Découverte, Paris 2011, 241 pages, 25 euros

 

Imposition d'un « développement » défavorable aux femmes

 

Le dossier « Sud-exploitées » comporte quatre textes.

 

Marie Lesclingand « Migrations des jeunes fille au Mali : exploitation ou émancipation ? » analyse « le développement des migrations de travail des jeunes filles à partir de données d’enquêtes réalisées auprès de population rurales du Mali et à Bamako, principale destination des migrations des jeunes filles ». A l’instar des études de Michel Bonnet sur le travail des enfants, elle privilégie le point de vue des jeunes filles appréhendées comme actrices compétentes, tout en signalant les autres dimensions partiellement contradictoires. L'auteure met cependant en garde contre les visions unilatérales des phénomènes sociaux, et en l’occurrence des causes et conséquences des migrations.

 

Marie-Laure Coubès dans « Crise internationale et emploi industriel féminin au Mexique » fait ressortir l'exception que représente le travail dans les maquilora pour les femmes « une possibilités rare d'accès au monde des entreprises ». L'auteure invite à analyser, non pas les données agrégées de la baisse d'emploi par sexe, mais de le faire par branche industrielle. Les tendances à la féminisation ou à la masculinisation des secteurs sont renforcées en période de crise, avec une substitution des femmes par les hommes. En revanche, les industries d'habillement « situées dans les régions émergentes de la maquilora, dans le Sud du pays, emploient essentiellement une main-d’œuvre féminine, la féminisation a été renforcée pendant la crise. »

 

Loin des discours convenus ventant le micro-crédit, les analyses d'Isabelle Guérin dans « Les effets insoupçonnés de la microfinance » font ressortir les réalités pour la majorité des femmes et les processus de différenciations sociales. « Si les discours sur la microfinance font preuve d'une extraordinaire naïveté (ou hypocrisie), concernant la capacité des femmes à s'auto-organiser, on observe en revanche une extraordinaire appropriation du système par une minorité de femmes. »

 

Enfin, je souligne le bel article de Jules Falquet « Penser la mondialisation dans une perspective féministe » qui synthétise l'apport essentiel du point de vue féministe pour penser la réelle mondialisation et ses effets sexués. « Ma réflexion est ancrée dans une double perspective féministe. D'une part, l'analyse matérialiste, qui raisonne moins en terme de genre que de ''rapports sociaux de sexe'' (Mathieu 1991, Delphy 1998) et de rapport de ''sexage'' (Guillaumin 1992), fondés sur la division sexuelle du travail (Kergoat 2000) et organisés dans le cadre de l'hétérosexualité en tant que régime politique (Witting 2001) ; d'autre part, celle de la co-formation des rapports sociaux de sexe, de ''race'' et de classe (Bacchetta 2009) et de leur consubstantialité (Kergoat 2009). Suivant, la vielle recommandation de Chandra Mohandy (1984), je tenterai de ne pas homogénéiser l'expérience des femmes : même si par définition, elles sont toutes placées dans une même ''classe de sexe'', chaque femme possède d'autres inscriptions sociales simultanées qui marquent profondément sa pensée, ses possibilités vitales concrètes et ses luttes.»

L'auteure détaillera successivement « Ancrage historique et spécificité de la mondialisation néolibérale : un capitalisme qui ''libère les femmes'' », « Dommage collatéral ou sabotage délibéré ? Les femmes dans le désastre environnemental », « Un ''développement'' dommageable pour les femmes » et « Les femmes au cœur d'un continuum de la violence néolibérale et de la guerre ''anti/terroriste'' »

Jules Falquet trace aussi une autre lecture possible, plus optimiste, celles des « alliances transnationales autonomes » comme la Marche mondiale des femmes « Ce sont souvent des femmes, et tout particulièrement des féministes et des lesbiennes, qui sont massivement présentes dans les luttes concrètes et quotidiennes contre le néolibéralisme sous ses différentes figures, quand elles n'en sont pas les initiatrices ». Indispensable.

 

A lire aussi le mini dossier sur « La majoration de durée d'assurance des mères de famille : de quelle égalité parle-t-on ? ». Comme le soulignent Jacqueline Laufer et Rachel Silvera en introduction : « Ce débat apparaît remarquable car il conduit à soulever au moins trois questions fondamentales, tant au regard des retraites qu'en matière de compréhension de la construction de l’égalité entre les femmes et les hommes dans la sphère professionnelle et au delà. » En résumé, le débat « sur les causes des inégalités », celui sur les « lectures différentes que l'on peut faire du principe d'égalité entre les femmes et les hommes et des conceptions et fondements des actions correctrices à entreprendre pour mettre en œuvre ce principe » et enfin sur le plan juridique « quelle conception donner à ''l'action positive'' ? »

Les auteures posent aussi une question déterminante « En dernière instance, on peut néanmoins d'interroger sur la légitimité de l'invocation d'un principe d'égalité entre les femmes et les hommes pour justifier de l'abandon de ce droit familial réservé aux femmes ».

En effet que signifie un respect d'un principe d'égalité qui « renforce une situation d'inégalités » ?

 

Pour compléter quelques ouvrages ::

Sous la direction de Jules Falquet, Helena Hirata, Danièle Kergoat, Brahim Labari, Nicky Le Feuvre, Fatou Sow : Le sexe de la mondialisation. Genre, classe, race et nouvelle division du travail (SciencesPo Les Presses, Paris 2010)

http://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2010/08/24/le-genre-est-un-organisateur-cle-de-la-mondialisation-neoliberale/

Jules Falquet : De gré ou de force. Les femmes dans la mondialisation (La Dispute, Paris 2008) http://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2010/04/22/linexistance-dun-neutre-universel/

Sans oublier la consultation de son blog : Coatlicue : http://julesfalquet.wordpress.com/

Cahiers du Gedisst n°21 : Les paradoxes de la mondialisation (L’harmattan, Paris 2001), Cahiers du genre N°40 : Travail et mondialisation. Confrontations Nord/Sud, Travail, genre et sociétés N°22 : Domestiques d’ici et d’ailleurs(La Découverte, Paris 2009)

 

Outre d'autres textes, le numéro se termine par de multiples notes critiques de lecture.

 

Travail genre et sociétés : Sud-exploitées

N° 25/2011 http://www.tgs.cnrs.fr/

Editions La Découverte, Paris 2011, 241 pages, 25 euros

Didier Epsztajn

http://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/

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