Construction du Front de Gauche à la base (Joël MARTINE)

S'inspirer d'attac : rôle des comités locaux et de la CNCL. Dans ATTAC il y a deux légitimités, deux appartenances : d'une part ceux qu'on appelle les « membres fondateurs » : quelques personnalités, et surtout des associations, des syndicats, des journaux, etc. ; d'autre part les Comités Locaux ( + quelques adhérents directs non affiliés à un CL). La répartition des rôles, notamment dans le fonctionnement interne, entre les CL et le collège des membres fondateurs permet de combiner les deux atouts d'ATTAC : sa fonction de trait d'union inter-organisations, catalysant des actions unitaires et décloisonnant les idées, et sa dynamique militante propre, intégrant et éduquant des militantEs de cultures diverses. Ce fonctionnement peut donc nous inspirer pour le renforcement du FdG.

 

 

 

Construction du Front de Gauche à la base

S'INSPIRER D'ATTAC : ROLE DES COMITES LOCAUX ET DE LA CNCL

Joël MARTINE, 8 octobre 2012

 

Dans ATTAC il y a deux légitimités, deux appartenances : d'une part ceux qu'on appelle les « membres fondateurs » : quelques personnalités, et surtout des associations, des syndicats, des journaux, etc. ; d'autre part les Comités Locaux ( + quelques adhérents directs non affiliés à un CL). La répartition des rôles, notamment dans le fonctionnement interne, entre les CL et le collège des membres fondateurs permet de combiner les deux atouts d'ATTAC : sa fonction de trait d'union inter-organisations, catalysant des actions unitaires et décloisonnant les idées, et sa dynamique militante propre, intégrant et éduquant des militantEs de cultures diverses. Ce fonctionnement peut donc nous inspirer pour le renforcement du FdG.

Bien sûr le FdG n'est pas ATTAC, c'est une alliance électorale, ce qui donne beaucoup plus de poids aux appareils constitués (moyens financiers, force militante centralisée). La puissance et l'expérience acquise des partis sont un atout pour le FdG. Cela donne un rôle fondamental au cartel des partis à l'échelle nationale et aux autres niveaux électoraux. Il n'est donc pas souhaitable de minorer ce rôle du cartel, tant qu'on n'a rien qui puisse le remplacer. (Et je ne crois pas souhaitable d'aller vers une fusion de ces partis, mais ce n'est pas le sujet). Donc il y a inéluctablement dans le FdG (bien plus qu'à ATTAC) des enjeux de compétition propres aux partis en tant qu'appareils de conquête électorale et d'occupation de postes institutionnels dans la démocratie représentative : compétition pour les candidatures éligibles, les carrières, la notoriété, les moyens institutionnels et financiers... sans compter l'esprit de chapelle. On le voit bien dans la trajectoire des Verts (sans parler du PS!) : quelque soit le discours officiel et même les convictions des militants, il y a une forte tendance à ce que la vie politique soit dévorée par la compétition entre les carriéristes et leurs écuries de course, et par les luttes d'hégémonie entre les appareils, les fiefs petits et grands. Dans le FdG, ces problèmes risquent de prendre du relief dès 2013 dans la préparation des municipales. MAIS CETTE REALITE DE CARTEL PARTIDAIRE EST UNE RAISON DE PLUS POUR CONSTRUIRE L'AUTONOMIE DES COLLECTIFS MILITANTS ET LE LIEN AVEC LA CREATIVITE DES MOUVEMENTS SOCIAUX ! On peut donc s'inspirer de la double légitimité expérimentée par ATTAC, précisément pour CONTOURNER les facteurs limitants qui apparaissent inéluctablement avec les partis (et aider les partis à les dépasser), et pour dynamiser l'expérience militante partagée. Il faut des structures militantes communes regroupant des volontaires, membres des partis ou adhérents directs. La structure par territoire ou par lieu de travail est la plus dynamique et celle qui permet le plus d'implication démocratique. Je souscris donc à l'article « Pour des Associations Front de Gauche à la base » publié par Jacques Bidet, Jean-Michel Drevon et Razmig Keucheyan dans le Monde du 1.10.12 .

J'ajoute que, par rapport aux facteurs de freinage créés par le fonctionnement partidaire du PC et du PG, les partisans du « troisième pilier » auraient tord de passer leur temps à essayer de battre en brèche le leadership de ces « gros » partis au niveau du cartel (national ou local), cela polluerait la vie du FdG par d'interminables et stériles tiraillements (ou négociations) inter-orgas et inter-courants. Certes la présence d'un « troisième pilier » permettra que le cartel soit plus équilibré, et plus ouvert à la richesse des démarches de transformation sociale. Certes on a besoin d'une bonne diplomatie interpartidaire pour maintenir l'unité. Et je suis d'accord avec Rémy Jean pour dire que le « troisième pilier » doit se doter de certaines formes partidaires : une étiquette publique lisible nationalement et des règles de prise de décision aux différents niveaux de subsidiarité (local, régional, national). Mais la consolidation et l'approfondissement de la dynamique Front de Gauche passe plutôt par DES PRATIQUES ORGANISEES FAISANT CONTREPOIDS AUX LOGIQUES PARTIDAIRES, SANS PRETENDRE DISPUTER AUX « GROS » APPAREILS DE PARTI LEUR LEADERSHIP, largement incontournable vu leur rôle électoral et institutionnel dans la démocratie représentative.

 

ATTAC, à l'origine, (analogie avec le Front de Gauche) était un sigle de campagne, et une expérience militante partagée, tout en fonctionnant en interne comme une alliance (plus qu'un cartel) des membres fondateurs, verrouillée comme telle. Ensuite, avec l'affirmation de l'altermondialisme, des structures internes se sont renforcés et des CL se sont formalisés. Les CL ont depuis plusieurs années une expression publique locale, départementale, régionale, et une reconnaissance structurelle à l'intérieur d'ATTAC. Une partie du CA national est élue par les adhérents individuels, les candidats étant présentés par les CL ; l'autre partie est choisie par le collège des membres fondateurs. Je ne dis pas que ce système de direction doit être recopié au FdG, je ne sais pas. Par contre on pourrait recopier la CONFERENCE NATIONALE DES COMITES LOCAUX (CNCL), qui a un pouvoir important, bien qu'elle n'ait PAS DE POUVOIR DE DECISION dans ATTAC, ses décisions étant soumises à l'approbation du CA. La CNCL se réunit plusieurs fois par an, décide de son ordre du jour, s'organise elle-même : chaque session de la CNCL est préparée politiquement et matériellement par deux CL, par rotation. Il y a, sans que ce soit obligatoire, une rotation des représentantEs de chaque CL, de sorte que toutE militantE est encouragéE à participer à la CNCL. Il y a une liste mail pour les échanges entre les CL. La CNCL peut créer si besoin des structures de réflexion inter-CL. C'est ainsi par exemple qu'a fonctionné il y a quelques années un groupe sur l'énergie, qu'on peut donner en exemple de méthode unitaire : en partant, non pas des clivages existant (sur le nucléaire), mais des problèmes de l'énergie et de l'expertise tant technique que militante de chacunE, on a fait discuter ensemble des gens qui autrement ne se parlaient même pas, on a constitué une culture commune tournée vers la question des solutions aux problèmes, on a préservé l'unité d'ATTAC et l'ouverture aux questionnements, et par ailleurs on est arrivé à des prises de positions officielles d'ATTAC antinucléaires sur les enjeux d'actualité. La CNCL n'ayant qu'un pouvoir limité, elle n'est pas une arène de compétition pour conquérir des postes ou pour obtenir une majorité. Elle fonctionne d'autant mieux comme tribune, lieu de mise en commun, caisse de résonance des expériences militantes et des réflexions. Pour des exemples que je connais, les CL impliqués sur la question de l'eau ont pu relancer cette question en 2011 et amener le CA à apporter un soutien décisif au Forum Alternatif Mondial de l'Eau à Marseille en 2012 ; sur la question de la constitution, des militants en contact avec des mouvements comme les Indignés relancent actuellement le débat à la CNCL dans le but d'obtenir un réel engagement du CA national. Le CA est plus ou moins obligé moralement de tenir compte des préconisations de la CNCL, sans pour autant que les militants des CL ou des réseaux thématiques soient obligés de s'impliquer dans une sorte de carrière parlementaire interne.

Si nous installons un tel système de double légitimité au FdG, y a-t-il le risque qu'un parti ou un courant « bourre la salle » ou fasse du « forcing » les jours de vote dans certains CL ou à la CNCL pour imposer ses décisions ? Pas tellement, d'abord parce que ça ne servirait pas à grand chose, la CNCL n'ayant pas de pouvoir de décision, mais étant plutôt un lieu d'élaboration et d'influence, et ensuite parce que les décisions politiques finales resteraient du ressort du cartel, qui fonctionne au consensus sans que les « gros » puissent imposer leur volonté aux petits par une arithmétique majoritaire. Evidemment on n'est jamais à l'abri de telles manœuvres, mais le système de la double légitimité permet de désamorcer ces manœuvres sans être obligé de batailler contre. Ce système sera plus difficile à mettre en place au Front de Gauche, mais on peut parier sur le fait que les partis sont condamnés, sous peine d'échec, à maintenir l'unité et plus ou moins à s'auto-transformer.

 

« Faire de la politique autrement » est un serpent de mer chez les écolos et dans la gauche de la gauche. Les expériences latino-américaines montrent que la force et l'auto-organisation des mouvements sociaux peut pousser les dirigeants politiques à prendre des décisions plus radicales. Le printemps arabe a montré que la société civile, travaillée depuis des années par des luttes sociales et des changements culturels, peut bouleverser les rapports de domination … Après tout, ce ne sont pas des partis qui ont déclenché ni dirigé la Commune de Paris, même si les idées qu'ils portaient ont alimenté cette révolution... Depuis quelques années les Alternatifs se prononcent pour un « parti-mouvement » délibérément ouvert à la créativité des mouvements sociaux. Il me semble qu'il faut pour cela, dans la situation actuelle, combiner la visibilité d'un pôle politique de la gauche antilibérale à l'échelle nationale et européenne, qui passe inéluctablement par des formes de cartel, et un réseau de comités locaux … eux-mêmes liés à des formes d'auto-organisation sociale (mais qui jusqu'ici sont beaucoup moins avancées en Europe qu'en Amérique latine). C'est pourquoi j'insiste sur l'intérêt d'une structure de type CNCL .

 

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