Pour une Europe sociale, démocratique et écologique, affranchie des traités libéraux (Regroupement)

Ce texte sur l'Europe est extrait du document de travail réalisé, pour la réunion du 15 juin 2013, par les Alternatifs, la Fase, Convergences et alternative, la Gauche Anticapitaliste, des animateurs du groupe « tous ensemble », des militants de la Gauche Unitaire. Il développe la dimension européenne des principaux aspects programmatiques d'un projet de société alternatif au capitalisme et au productivisme.


Nous luttons dans l'Union européenne, pour une Europe sociale et démocratique, une alternative de gauche assumant une rupture avec la construction libérale de l’Union européenne sans accepter les replis nationalistes.

Si, en 2012, par le moyen de dispositifs exceptionnels et d’un certain assouplissement des règles d’intervention de la Banque centrale européenne, les classes dirigeantes sont parvenues un temps à éloigner la menace de l’éclatement de la zone euro, la profonde instabilité de cette dernière demeure. Sous l’effet de la contraction de l’activité que provoquent les politiques d’austérité, l’ensemble de « l’euroland » est marqué par la récession.

La Grèce s’est vue littéralement saignée à blanc par les ajustements budgétaires, les privatisations et la liquidation des mécanismes de protection sociale que lui a imposés la Troïka. L’Espagne, le Portugal, l’Italie sont, à leur tour, menacés par les mêmes phénomènes de récession et de régression qui peuvent à tout moment les conduire au chaos. L’asphyxie économique de nombreux pays, provoquée par les coupes budgétaires imposées par le nouveau traité européen, se conjugue au chômage de masse, qui conduit à l’explosion de la misère et de la précarité. Face à quoi les politiques d’austérité enclenchent une dynamique infernale : la contraction de l‘activité engendre la diminution des recettes fiscales, approfondissant ainsi les déficits et la dette, ce qui place les États sous la menace permanente des offensives spéculatives des marchés financiers, laquelle appelle de nouveaux plans d’austérité qui ne feront qu’aggraver le mal auquel ils prétendent remédier...

En fait, les fragilités du système bancaire peuvent, à n’importe quel moment, plonger la zone euro dans une nouvelle tourmente. On le devine en Italie et en Espagne, où les « mécanismes de stabilité » financiers imaginés par les dix-sept États membres, ne semblent pas en mesure de faire face à une conjoncture cataclysmique. Surtout, au fil des sommets, apparaît une divergence explosive entre deux Europe : celle emmenée par les classes dirigeantes allemandes, qui a jusqu’alors pleinement bénéficié du modèle économique et social imposé à l’ensemble de la zone euro, et plus largement à toute l’Union européenne ; et celle des pays du Sud dont les gouvernements ont de plus en plus de difficulté à assumer la doxa austéritaire, n’ayant plus les moyens, sur fond de récessions longues et de chômage de masse, de faire accepter aux peuples des logiques de sacrifices sociaux sans fin.

En Europe, les classes dirigeantes veulent en finir avec les acquis populaires

Au regard du reste du monde, les conquêtes sociales et démocratiques issues des luttes du mouvement ouvrier en Europe demeurent fortes. Mais, elles apparaissent aux yeux des classes dominantes du continent comme une anomalie à éradiquer. Il s’agit de profiter au mieux du grand remaniement mondial engagé avec l’émergence de nouvelles puissances capitalistes en Asie et en Amérique du Sud, mais aussi de tenter de faire payer le coût de la nouvelle phase de la crise économique ouverte en 2008 aux salariéEs et aux pauvres.

Les bourgeoisies européennes utilisent les institutions de l’UE dans un processus de destruction méthodique des acquis économiques, sociaux et démocratiques. La Troïka BCE/FMI/Commission européenne, avec l’appui de gouvernements de droite, sociaux libéraux ou autoritaires, impose dans toute l’Europe une austérité d’airain et sème la misère afin de restaurer les taux de profits.

La crise est l’occasion d’une vaste attaque concertée contre les droits des travailleurs/euses selon des modalités proches dans tous les pays européens. Partout, il s’agit de remettre en cause le droit du travail, la hiérarchie des normes basée sur le principe de faveur, les protections offertes par le contrat à durée indéterminée.

La France est à bien des égards un lieu emblématique de ce combat entre classes. Ces dernières décennies, les classes dominantes ont infligé une accumulation de défaites partielles aux classes populaires sans pour autant parvenir à imposer une défaite majeure et durable, qui demeure son objectif.

Nous le savons cependant, pas plus qu’hier face à la mondialisation du capital, la réponse à une crise globalisée ne proviendra du seul cadre des nations. L’Europe peut être un cadre pertinent pour affronter les défis colossaux du moment. À condition qu’elle rompe résolument avec une construction qui discrédite, dans la conscience des peuples, l’idée européenne elle-même.

Nous devrons oeuvrer à définir les contours d’une construction européenne démocratique, écologique et solidaire, basée au niveau national comme au niveau européen sur le respect de la souveraineté populaire. Pour une Union européenne qui soit au service des peuples et non de la finance.

Nous avons besoin d’une Europe qui s’émancipe des traités synonymes de destruction des droits sociaux et de régression démocratique, à commencer par le traité de Lisbonne. D’un bouclier social, qui protège le monde du travail des effets de la crise. D’une Europe de l’interdiction des licenciements et des délocalisations, du Smic européen, du retour au service public. D’une Europe qui mette fin à l’indépendance de la Banque centrale, afin de disposer des moyens de réorienter l’économie. D’une Europe de l’harmonisation sociale et fiscale par le haut. D’une Europe dont la politique agricole commune prenne le parti de l’agriculture paysanne contre les multinationales de l’agroalimentaire. D’une Europe du respect et de l’extension des droits des femmes, à commencer par le droit à disposer de leur corps, donc de l’Europe d’une laïcité reconquise afin de soustraire le continent à l’influence de ce nouvel obscurantisme qui, depuis le Vatican, excommunie à tout-va. D’une Europe de l’égalité des droits pour tous ses résidents, et singulièrement de la régularisation des sans-papiers. D’une Europe de la démocratie, non celle de petits cénacles qui agissent, au nom de l’oligarchie, en toute opacité, mais celle des peuples décidant souverainement de la construction politique qu’ils veulent pour eux. D’une Europe de la paix et du co-développement, renonçant aux ingérences impérialistes et néocolonialistes, et qui sorte de l’Otan.

La transformation sociale, si elle peut s’amorcer à l’échelle d’un pays, ne peut s’envisager de façon durable et aller à son terme sans susciter une dynamique à l’échelle internationale. C’est particulièrement indispensable dans une Europe enfermée par le neolibéralisme dans une spirale d’austérité et de régression démocratique. Il n’y aura pas de refondation de l’Europe sans une révolution démocratique qui brise la dictature de la finance, redéfinit le projet européen en met la participation populaire au coeur de ce projet. À l’heure où les rivalités entre États s’exacerbent et menacent d’éclatement le processus de construction européenne, la proposition d’une assemblée constituante européenne, faite par un gouvernement qui engagerait une politique de rupture avec le libéralisme, serait entendue par les peuples.

Nous situons notre combat dans le cadre d’une stratégie politique européenne, dans la construction d’un rapport de force de solidarité entre les peuples en Europe pour résister ensemble aux marchés et travailler à des alternatives politiques communes pour la refondation d’une Europe sociale, démocratique, écologique.

Un gouvernement de rupture avec le libéralisme, plutôt que d’opter pour une sortie de l’UE et de la zone euro qui renverrait chaque peuple à lutter chacun dans son seul pays face aux mêmes logiques capitalistes, devrait travailler à la convergence de politiques de désobéissance vis-à-vis des traités européens et des choix de la Troïka. Une convergence de plusieurs gouvernements et de mouvements assumant une crise dans la construction européenne actuelle pour imposer sa réorientation est loin d’être utopique. Les mouvements des peuples sont bien là, ce sont des Indignés, des vagues de grève, des manifestations de masse, des dynamiques autogestionnaires, notamment en Grèce, en Espagne, au Portugal... Ce sont aussi les possibilités, comme on l’a entrevu en Grèce, d’accession d’une majorité de gauche sur une orientation de refus de la politique d’austérité de l’UE.

Le choix de Syriza, s’il arrivait au gouvernement, de mettre en place une politique pour sortir de la crise en s’émancipant des exigences austéritaires, quitte à entrer en conflit l’Union européenne, ne s’est pas accompagné d’une volonté de sortir de l’euro. Même s’il faut l’envisager et s’y préparer au cas ou l’UE voulait et trouvait les moyens d’en exclure la Grèce, alors qu’aucune procédure n’existe pour exclure un pays de l’UE, le choix de Syriza d’en appeler à la désobéissance aux traités, à une solidarité continentale des peuples et des gauches autour d’un refus de la dette, des diktats de la Troïka, porte l’espoir d’une dynamique contagieuse pour une convergence anti-austéritaire. Le retour aux monnaies nationales et au protectionnisme, outre qu’il aggraverait la situation de crise du pays qui l’engagerait, accentuerait les divisions nationalistes entre les peuples et les détournerait plus sûrement de la cause fondamentale de la crise : la propriété capitaliste, les politiques libérales. Si un ou plusieurs gouvernements européens ne basent pas leur politique sur une volonté de sortir de l’euro, ils ne devront pas pour autant reculer devant la possibilité qu’une majorité de gouvernements européens, hostiles à leurs choix de sortir de l’impasse austéritaire, provoquent un éclatement de la zone euro. Ils devront maintenir une orientation monétaire et économique alternative aux choix libéraux et monétaristes, et envisager toutes les coopérations possibles pour une refondation européenne.

Il est d’autant plus urgent d’engager une convergence européenne vers le haut, vers l’avènement d’une gauche européenne, vers la nécessité qu’un ou deux pays s’engagent ensemble et s’épaulent comme points d’appui pour provoquer la crise du modèle européen et y apporter des solutions de politiques alternatives.

Il n’y aura pas de refondation de l’Europe sans une révolution démocratique qui brise la dictature de la finance, qui redéfinit le projet européen en mettant la participation populaire au coeur de ce projet. À l’heure où les rivalités entre États s’exacerbent et sont menacés d’éclatement, la perspective d’une assemblée constituante européenne serait une proposition qu’un gouvernement qui engagerait une politique de rupture avec le libéralisme pourrait faire entendre avec force.

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