J’ai la rage (P. Zarka)

Je suis déchiré. J’ai connu Charb, Tignious, qui ont œuvré à l’Humanité, Cabu, Bernard Maris à l’Université de Paris VIII et surtout Georges Wolinski avec lequel Josiane et moi avons passé de mémorables soirées entre discussions passionnées et rigolades. Leur mort est affreuse et injuste. Injuste car ils étaient des antiracistes. Georges était militant ; le combat des opprimés et de ceux qui étaient désignés à la vindicte était toujours  le sien. Goguenard, ironique avec lui-même, ce qui frappait, c’était sa gentillesse mais aussi sa crainte de voir les valeurs de l’arrogance et de l’argent prendre le pas sur tout idéal.

Ce ne sont pas de simples amuseurs qui ont été massacrés mais des porteurs de symbolique de l’héritage de 68, de l’esprit critique et subversif.

Toute aussi injuste et indécente est cette tentative de récupération au nom de l’unité nationale. Jamais l’un d’entre eux n’aurait voulu être associé aux responsables des interventions militaires en Afrique ou en Orient, de la formation de quartiers de relégations, du chômage, des discriminations qui génèrent la rancœur, du refus obstiné que quiconque vive en France ne soit pas considéré comme citoyen à part entière. Loin de moi, la moindre mansuétude à l’égard de bourreaux aveuglés par la haine. Au contraire, ils servent à diviser les exploités et de paravent pour que tout continue.

Je ne puis m’empêcher de me souvenir qu’après la Révolution égyptienne, le combat populaire s’était alors tourné contre les intégristes jugés cheval de Troie du libéralisme. A l’époque, « l’Occident » qui revendiquait lutter contre les intégristes a condamné les peuples concernés quand ils voulaient le faire eux-mêmes. Depuis la chute du Mur, ces gouvernants n’ont de cesse de fournir à leurs peuples des ennemis à redouter. Si possible de l’intérieur, ethnicisant le prolétariat pour renouer avec les « classes dangereuses ». Ces gouvernants n’ont aucun droit à porter le deuil. C’est le deuil de celles et ceux qui combattent racisme et amalgame, qui considèrent qu’un peuple ne se définit pas par sa « souche » mais par ses actions communes.

Pierre Zarka

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