Le parti-mouvement selon les Alternatifs

Pour le débat sur la forme parti, un peu sur le mode de fonctionnement des Alternatifs et sur leur conception de l’organisation qui prône le « parti-mouvement ».

 

Un extrait des statuts :

Le mouvement entend donner aux individus le pouvoir de décision sur ce qui les concerne par l’exercice d’un contrôle populaire et citoyen, sur tous les aspects de la vie aujourd’hui, par la démocratie autogestionnaire demain.

Il fonde son action sur l’auto-organisation, la délibération démocratique, la solidarité internationale, le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes et la garantie des principes fondamentaux des relations humaines : liberté de conscience, laïcité et absence de discrimination entre les personnes fondée sur le physique, la naissance, l’opinion, le lieu de naissance ou de résidence, l’appartenance à un groupe social ou culturel organisé.


Manifeste

L’histoire des deux derniers siècles s’est usée à opposer le collectif et l’individu, l’égalité et la liberté, la démocratie et l’efficacité.

Les militant-es qui ont créé les ALTERNATIFS en 1997, ont pour la plupart subi ces contradictions avant de réfléchir et expérimenter là où ils agissaient des modes d’action et d’organisation permettant de les dépasser.

Le mode de fonctionnement de notre Mouvement (ou Statuts) se veut le fruit de ces réflexions et expériences, enrichi de leurs insuffisances et de leurs échecs.

Pour les Alternatifs il n’y a pas séparation entre externe et interne. L’exigence de démocratie à l’extérieur ne peut s’effacer en interne devant la nécessaire efficacité. C’est ce que rappelle la déclaration de principes précédent les Statuts, qui fait le lien entre le mode de fonctionnement choisi et un Monde que nous voulons

Quelques règles clé incitent chacun-e à prendre sa place avec sa différence ; elles permettent que la démocratie et l’efficacité se combinent grâce au partage des responsabilités et à la relation étroite entre base et sommet :

  1.     L’autonomie administrative et politique des groupes locaux (article 1-3) permet l’implication de chacun-e dans les décisions et la gestion, en favorise le contrôle, évite une prise de pouvoir au sommet.
  2.     La liberté des individus est garantie par un droit à l’objection (art.1-8 et 1-9) et par la possibilité de double appartenance (art. 1-2) ; ces libertés sont encadrées pour respecter la dimension collective du Mouvement.
  3.     L’ouverture au mouvement social s’exprime dans la possibilité de participer à des commissions thématiques du Mouvement sans en être adhérent (art.2-9)
  4.     L’inscription du principe de parité Femmes/Hommes (art. 1-6) est le signe de la volonté des Alternatifs d’étendre la démocratie au delà du champs habituel et les pousse à repenser leurs manières de faire et de vivre ensemble.
  5.     La direction et l’orientation du Mouvement appartiennent entre deux congrès à une Coordination des groupes locaux où chacun d’eux est représenté par des délégué-es élu-es, contrôlé-es (le compte-rendu est obligatoire) et remplaçables (art. 2-1). A tout moment, la Coordination est ainsi représentative de l’état du débat au sein du Mouvement. Il vit ainsi une sorte de Congrès en continu, grâce auquel le débat se poursuit entre deux Coordinations ou Congrès, conciliant adaptabilité, réactivité et démocratie.
  6.     La consultation militante (art. 2-6) sur des sujets d’actualité nouvelle ou importants et pour lesquels les avis sont partagés, renforce la capacité du Mouvement à réagir vite tout en respectant la démocratie. En apparence proche du referendum, ce processus n’en comporte ni l’aspect plébiscitaire ni le contenu réducteur et manichéen ; au contraire il accorde un place importante au débat collectif (article 2-7)
  7.     La séparation des pouvoirs entre la Coordination Générale qui décide, un Exécutif élu assumant la gestion courante et les relations extérieures sans posséder de droit de vote (art. 2-4), et une Commission de Médiation et de Contrôle (art. 4-1) ne détenant qu’un pouvoir de proposition permet d’éviter la prise de pouvoir par une bureaucratie tout autant qu’ un gouvernement des juges comme il en existe ailleurs.

Sur tous ces points dont certains peuvent paraître aller de soi, les Alternatifs se montrent originaux et novateurs sinon uniques.
Parfois la pratique est cependant un peu en retrait sur le texte ce qui ne manque jamais de provoquer des interrogations et des débats pour accorder nos actes et nos écrits.
Parfois au contraire elle est en avance, explorant ainsi de nouvelles voies qui s’ajouteront au usages communs ou seront un jours intégrés dans les statuts. Ceux-ci ne sont donc pas figés mais vivants. C’est aussi cela la méthode Alternative : réfléchir, expérimenter, consolider, le tout collectivement.

Des extraits du texte voté au dernier congrès :

Les Alternatifs se sont construits et agissent à partir des orientations suivantes :

  •     La perspective d’un mouvement politique rouge et vert large : mémoire des luttes, mise en commun d’expériences et de forces, contribution à un projet autogestionnaire et écologiste, un « parti mouvement » perméable à toutes les formes de mobilisation et recherchant les convergences sociales et politiques les plus larges pour transformer la société ;
  •     Une stratégie que nous qualifions de « révolution longue » combinant participation aux mobilisations, expérimentation alternative, présence critique dans le champ institutionnel, pour une « guerre de positions » créant les conditions d’une rupture globale avec le système capitaliste ;
  •     Une vision de la transformation sociale et écologique reposant sur le primat de la démocratie active, de l’auto-organisation des luttes dans une perspective autogestionnaire ;
  •     Un projet s’enrichissant des apports de tous les mouvements d’émancipation, notamment le féminisme.

[…]

Ce socle fondateur s’est enrichi des apports d’une critique écologiste radicale, pour aboutir à la remise en cause du dogme de la croissance, et porter l’objectif de l’appropriation sociale non seulement dans une perspective autogestionnaire, mais aussi pour la reconversion de l’économie et sa relocalisation dans une nouvelle logique sociale et écologique.
Pour nous, l’autogestion est le fondement d’une société d’émancipation. Aujourd’hui, même si elle s’exprime peu dans le champ classique de la politique, l’aspiration autogestionnaire resurgit avec une réelle acuité (notamment au sein de la jeunesse) et s’exprime avec une grande vitalité dans de nombreux réseaux et collectifs qui agissent dans des secteurs aussi divers que l’agriculture, l’alterconsommation, le secteur culturel, la reprise et la réorientation de la production sous forme coopérative, les organisations de chômeurs et précaires, les combats écologiques (gaz de schiste, grands projets inutiles, etc.), les groupes de réflexion sur la transition énergétique et les diverses expérimentations sociales.
Les expérimentations, les formes de lutte à caractère autogestionnaire, malgré leurs limites et leur fragilité, contribuent à l’accumulation d’expériences et de forces pour ouvrir des brèches dans le système et des perspectives d’émancipation vers un autre possible.
Les Alternatifs doivent y prendre part chaque fois que c’est possible en y apportant et en mutualisant leur expérience ou en leur apportant leur soutien.
Largement minoritaire au sein de la gauche antilibérale et anticapitaliste, notre orientation rencontre des aspirations réelles dans le champ social comme dans des secteurs syndicaux et associatifs.
Mais son développement est rendu difficile par le fort cloisonnement entre des pratiques et projets alternatifs concrets et notre tentative de les traduire dans le champ politique. Nous n’avons pas pu encore surmonter cette contradiction.
Surmonter le vieux clivage théorie/pratique, dépasser les cloisonnements est en effet un défi considérable. _La récente Foire à l’Autogestion, à l’appel de nombreux collectifs et réseaux porteurs d’initiatives à caractère autogestionnaire et d’organisations libertaires, alternatives et se réclamant de la décroissance, et les différentes initiatives locales, illustrent le foisonnement d’un espace social autogestionnaire multiforme, et en même temps, la difficulté à construire plus de commun entre champs sociaux et champ politique.

Notre projet reste l’émergence d’un bloc social, politique et citoyen large contre le capitalisme et le productivisme. La traduction de ce projet dans les mobilisations sociales est possible, comme l’a prouvé par exemple le mouvement contre la reforme des retraites, alliant syndicats, associations et mouvements politiques, citoyen-n-es, militant-e-s ou non et dans la diversité des engagements. Elle l’est aussi dans les urnes, comme l’a démontré cette autre mobilisation large, contre le traité constitutionnel européen, en 2005. Elle s’est aussi exprimée sur les questions environnementales avec par exemple les batailles contre l’exploitation des gaz et huiles de schiste ou contre les OGM. Aujourd’hui, on la retrouve dans la mobilisation unitaire sur la santé.
Ces mobilisations ont en commun leur horizontalité, la pluralité des composantes organisées mais aussi cet élargissement indispensable au-delà des cadres militants habituels..

Cependant, si ces batailles ont été gagnées dans l’opinion, il y a pour la majorité des français une séparation entre les questions politiques et leur éventuelle traduction électorale et organisationnelle. Lutter contre cette séparation est un enjeu central.

Il faut pour cela des alliances, des coalitions et des actions communes, qui doivent faire gagner en crédibilité ces mouvements : crédibilité dans leur capacité à concurrencer réellement « les partis de gouvernement », crédibilité à représenter une alternative de projet, crédibilité pour s’opposer efficacement aux politiques gouvernementales, crédibilité à sortir du modèle de société qui nous est imposé, crédibilité aussi à être réellement différent des autres, du « système ».

Nous portons nos exigences d’élaboration collective, ainsi que le refus de voir les partis comme fers de lance des mouvements sociaux. Nous travaillons à l’élargissement permanent des mouvements sociaux, tant dans leur composition que dans leurs revendications, mais aussi dans leurs potentialités radicales.

Pour ce faire il faut des outils : c’est en premier lieu à notre propre organisation que cette nécessité s’impose tant pour être en capacité de se développer et de peser face à nos interlocuteurs, que pour développer analyses, pratiques et actions qui rendent crédibles ces exigences.

Formons-nous, mettons en place l’échange des savoirs, faisons en sorte que chacun-e soit suffisamment armé-e. Multiplions les expériences alternatives, allons à la rencontre des gens, développons des cycles de conférences, organisons des débats, investissons les nouvelles technologies de la communication, essayons, trompons-nous, inventons.

Les Alternatifs poursuivront leur travail d’élaboration (notamment dans le cadre des commissions du mouvement ou lors des journées thématiques et de l’université d’été), avec l’ambition de faire bouger les lignes en vue d’une politique de réduction massive du temps de travail, d’une écologie anticapitaliste, d’une sortie du nucléaire, de l’appropriation sociale et de l’expérimentation autogestionnaire.
Ce travail passe par le maintien ou le développement de leurs moyens et supports d’action (locaux, presse, autocollants, tracts, supports informatiques…).

Notre investissement dans les mobilisations « classiques » ne sera pas antinomique avec l’engagement pour la création d’entreprises coopératives, de circuits courts d’achats, de projets agricoles ou urbains alternatifs, ou la participation à des réseaux et actions de solidarité concrètes pour le droit au logement, aux soins, à l’éducation, tout comme avec les luttes des jeunes issus de l’immigration postcoloniale, des immigré-e-s et des peuples qui luttent pour leur libération. Dans toutes ces mobilisations, nous agirons pour construire chaque fois que c’est possible un bloc politico-social et citoyen large sans hiérarchie ou répartition des rôles entre les composantes, selon notre conception de parti-mouvement.

Ce projet, ces engagements ne sont pas des suppléments d’âme, mais le socle d’un processus de réelle transformation de la société.
Les Alternatifs participeront, sans exclusives aux élaborations, débats et initiatives allant dans le sens de l’alternative autogestionnaire et écologiste, avec les partenaires de la gauche alternative engagés dans le Front de Gauche, comme avec les courants de l’objection de croissance, anticapitalistes, et libertaires.

[…]Nous y participerons [au front de gauche] pour contribuer à sa construction, son élargissement, son enracinement démocratique, sa participation aux mobilisations sociales, écologistes, altermondialistes, antiracistes, démocratiques, féministes et internationalistes. Nous y défendrons notamment :

  •     un processus constituant visant une démocratie active (articulation entre les démocraties représentative et directe à tous les échelons, révocabilité, non cumul et limitation dans le temps des mandats, référendums d’initiative populaire, …),
  •     une alternative écologiste radicale et la remise en cause de la logique productiviste (arrêt du nucléaire, reconversion écologique de l’industrie, transition énergétique diversifiée, etc.),
  •     l’appropriation sociale et la socialisation des services publics, leur démocratisation, leur extension, le refus de la marchandisation des biens communs (eau, déchets, assainissement, …)
  •     le soutien aux reprises d’entreprises par les travailleurs et travailleuses,
  •     la réduction massive du temps de travail avec les embauches correspondantes,
  •     la lutte contre la précarité et le chômage,
  •     le retour au droit à une retraite décente à 60 ans,
  •     la lutte pour l’égalité hommes/femmes,
  •     l’égalité des droits contre toutes les formes de discriminations, et notamment la ségrégation spatiale et raciale des quartiers populaires,
  •     la promotion des langues et cultures régionales,
  •     la solidarité entre les peuples et l’opposition aux politiques néocoloniales,
  •     le développement d’alternatives concrètes et d’expérimentations écologiques et sociales,
  •     les pratiques militantes innovantes et anti-autoritaires.

Les Alternatifs participeront aux instances nationales du Front de gauche et à ses fronts thématiques où ils seront force de proposition. Ils contribueront au développement d’assemblées citoyennes de base (locales ou par secteur d’intervention), ouvertes aux engagements écologistes, féministes, solidaires, antiracistes, lieux de libre débat et de construction unitaire dans les luttes comme dans les urnes.
Ils défendront l’articulation entre

  •     le renforcement et la démocratisation des structures de base du Front, par la reconnaissance des adhésions individuelles,
  •     la construction des réponses politiques à porter ensemble dans la société,
  •     la participation de courants et organisations politiques divers dans le respect de leur apport et de leur expression spécifiques.

Ils porteront une vision du front visant à sa participation aux mobilisations dans un rapport non substitutif et non hiérarchique avec les mouvements sociaux, comme aux combats électoraux en indépendance vis à vis du PS.


On lira aussi avec intérêt sans doute le texte « de l’autogestion à l’auto-gouvernement »

Des documents de référence

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