La logique d'appareil (P. Zarka)

Si l’on examine les parcours du PC, du NPA, des Verts et maintenant du PG, il y a une étrange répétition : plus ou moins rapidement mais dans chacun de ces cas, la logique d’appareil, c’est-à-dire la promotion de ce qui ne devrait n’être qu’un outil prend le pas sur l’objectif et finit par se substituer à lui. Coïncidence ? Manque de bol ? Ou quelque chose d’inhérent à la genèse des partis ?

 

La forme Parti est un produit d’une période historique. Celle de la révolution industrielle qui a adaptée et renouvelée les modes de fonctionnements verticaux antérieurs. S’arroger de représenter qui, la classe ouvrière, qui l’écologie, conduit à se considérer comme LE Garant(j’insiste sur les majuscules) de l’Idée, donc d’en être LE Producteur, ce qui met les Partis en situation de substitution des « représentés » et de ce fait, de concurrence et non de complémentarité(qui représente le mieux et le plus ?).  D’en démocratiser peu ou prou le fonctionnement interne ne règle pas ce problème. Ajoutons (ou peut-être aurai-je pu commencer par là, peu importe) que la perspective de « prendre » le pouvoir d’Etat pour ensuite se mettre au service de citoyens réduits à l’état de consommateurs participe de ce problème. Tant qu’il s’agissait d’arracher des acquis à un capitalisme lui-même ancré dans la production industrielles, la délégation de pouvoir induite n’a pas empêché des résultats. Mais on ne fait pas la Révolution, fut-elle démocratique ou citoyenne en réduisant l’essentiel des exploités et dominés au statut de soutien à la force que chacun préfère. On voit d’ailleurs aujourd’hui, comment les composantes du FdG, le NPA ont du mal à proposer un discours et des initiatives mobilisatrices à la hauteur des enjeux et combien cela leur était plus aisé lors de la campagne électorale. Là encore, je ne crois pas à une malchance telle que nous n’avons que des « mauvais ». je pense plutôt que nous avons à interroger nos cultures respectives dans ce qu’elles ont d’héritage commun issu de la République.

Où doit-être le centre de gravité de l’initiative ? Si ce n’est parmi les intéressés. Est-ce que cela plaiderait en faveur de je ne sais culte de la spontanéité ? Si tel était mon cas, je ne prendra pas du temps pour m’agiter à la Fase et à l’ACU. Organisation collective et forme Parti telle que nous la connaissons ne sont pas obligatoirement synonymes.

Si le centre de gravité de la créativité politique est au sein des mouvements populaires, cela pose (au moins) deux questions :

1)      Le rôle de l’organisation est-il de penser le nécessaire et ensuite de l’expliquer pédagogiquement à ceux qui n’y avaient pas pensé ? Ou est-il d’amener des éléments de savoir, des propositions d’actes qui permettent que l’ensemble alors constitué soit le lieu et de la conceptualisation et de la construction d’un type de pouvoir qui le dispute aussi bien au capital qu’à l’Etat. Sinon nous demeurons dans la délégation de pouvoir. Les exploités délèguent et els capitalistes ne délèguent pas. Problème, non ? au fond, pour moi, le rôle de l’organisation s’apparente à l’instruction d’une enquête, un peu comme le fait un juge d’instruction qui cherche en même temps que les enquêteurs, tous s’aidant de la pertinence de ses questionnements. Autre image : le métier d’accoucheur est indispensable, mais jusqu’à preuve du contraire, ce n’est pas lui qui fait le bébé.

2)      De cela découle le contour que peut prendre l’organisation. Pour l’instant la dissociation de la sphère sociale et politique est à peu près « parfaite ». Si je prends la question des retraites ou des nationalisations, avec une régularité exemplaire le temps où les syndicats abordent ces questions et le temps où les partis les abordent ne  coïncident jamais….(automne 2010 mouvement social et printemps 2012 campagne électorale politique) ; aujourd’hui le Fd G soutien les syndicats-ce qui leur fait une belle jambe…et on veut faire un rassemblement citoyen majoritaire avec cela ! Or nous qui parlons des acquis sociaux, ils ont été arraché que quand cette dissociation n’existait plus. Je conçois que les syndicats souhaitent (et pas seulement eux) être indépendants des partis. Mais quelle est la définition du mot « politique » ? Lors de la création de l’AIT, « partis » syndicats et ce que l’on appellera plus tard associations participaient au même creuset même si chacun conservait son originalité. C’est la seconde, puis la troisième et la quatrième Internationale qui n’ont plus voulu mélanger les torchons avec les serviettes.

L’intérêt du fait fédératif est qu’il correspond à ce qu’est la société et si notre but est qu’elle se mette en mouvement, il vaut mieux que nos outils soient au plus près de sa manière d’être. Est-ce que cela empêche un discours identifiable ? Si l’on pense que notre rôle est d’apporter des réponses achevées, alors nous irions vers des difficultés. Mais si nous pensons 1) qu’on cerne mieux le réel à partir non seulement de convergences mais de différences d’approches à l’image d’un scanner qui fait  produit une image en trois D, alors le discours unifié, lissé, nous situe sur le plus petit dénominateur commun, ce que nous savons très bien faire depuis plus de 40 ans. 2) Si nous pensons que l’acteur principal c’est le corps des exploités et dominés, nos éventuelles différences doivent être au cœur des débats publics : nous n’apportons pas la bonne parole, mais les problématiques telles que nous sommes capables de les poser pour que les citoyens les travaillent avec nous. De ce fait les divergences deviennent autant génératrices de réflexions que les convergences. La solidité de l’édifice ne tient pas à ce que nous taisons mais au contraire à ce que nous sommes capables de transformer comme problèmes non résolus en mouvement du peuple.

Si on veut encore appeler cela Parti, bof, pourquoi pas, mais pour moi, il s’agit tellement d’autre chose que ce que nous avons pratiqué et pratiquons encore que je ne suis pas certain que le mot reflète ce dont nous avons besoin, en tous cas, je crains qu’il nous fasse réduire involontairement la dimension de ce qu’il faut inventer.

Pierre Zarka

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